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Le Blog Critique des plus Belles BD

Ô vous, frères humains ! (Récit complet)

Ô vous, frères humains ! (Récit complet)

Chronique « Ô vous, frères humains ! »

Public conseillé : Adultes, grands adolescents

Scénario et dessin de Luz, d’après Albert Cohen,


Style : drame intime
Paru aux éditions « Futuropolis », le 8 avril 2016, 19.0 euros,


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Ô vous, frères humains n’est pas le début du poème de François Villon : son ode aux pendus. Non, c’est le titre d’un roman d’Albert Cohen, et c’est aussi le titre de la dernière création de Luz. J’écris création, car je ne suis pas complètement sûr qu’il s’agisse d’une BD. En fait je dirais que c’est une divine surprise, un machin génial et bouleversant.
Mr Luz, vous ne ternissez pas l’œuvre de d’Albert Cohen en vous appropriant son livre et ce titre déjà hautement consacré par Villon, Cohen et même chantée par le grand Serge Reggiani, excusez du peu. Le pari était risqué mais quel résultat !
L’histoire, si s’en est une, décrit le souvenir de la souffrance ressentie par Albert Cohen le jour de ses 10 ans quand un adulte le traite de sale juif. Voilà je vous ai raconté le livre. Pas de surprise, Mais la stupéfaction sera totale en lisant cette BD.

La forme


Pas de cases, mais des dessins qui se parlent entre eux, qui se fondent les uns dans les autres. Luz a laissé place à l’imaginaire, pour qu’il sorte du cadre, de celui de nos préjugés, pour qu’il aille fouiller dans nos angoisses et d’humiliations d’enfant. Mr Luz, vous savez terriblement bien figurer l’horreur et le cauchemar.
J’ai rarement été estomaqué à ce point : Quasiment pas de texte sur les planches et en tout cas pas de phylactères.
Même les parties reproduites du texte d’Albert Cohen sont belles, comme s’il venait de les écrire.
Comble du compliment, j’ai retrouvé beaucoup de Will Eisner dans votre expression : Le dessin est certes plus prononcé que celui de W. Eisner quant aux personnages, mais les cases ouvertes, l’utilisation du noir et blanc, et cette histoire toute rassemblée sur des personnages où les décors ne sont plus là que pour exprimer les sentiments des personnages. Pas de fioritures, du concentré.
Du reste, c’est peut-être votre expérience de dessinateur de presse au sein de l’équipe de Charlie Hebdo qui vous pousse à résumer en très peu de dessins ce que vous voulez montrer.

Le scénario


Le sujet est simple, cependant vous en avez tiré un condensé fort intense, un vrai café ristretto.
Un autre point commun avec W. Eisner est cette quasi absence de scénario en tant que tel, car il n’y a pas d’aventure ici, que des sentiments, des ressentis, des douleurs, pas de bagarres, pas de quêtes, pas de mouvement si ce n’est celui de l’âme blessée de ce petit garçon marqué pour le reste de sa vie.
Ce n’est pas une BD, ni un livre, mais un cauchemar. Celui d’un enfant stigmatisé par la bêtise et la haine crasse. C’est le livre d’un vieux monsieur, dont la souffrance enfantine revient torturer la mémoire, que vous avez mis en BD pour que tous les non-lecteurs soient sensibilisés, mais aussi pour nous ramener à la lecture de Cohen, génial auteur humaniste de Solal ou de Belle du seigneur.

Si le sujet est l’insulte antisémite à un enfant, on peut imaginer toutes les autres insultes traumatisantes faites à des enfants qui les marqueront jusqu’à la fin de leurs jours. Ces insultes sur ce qu’ils sont sans l’avoir choisi : étranger, noir, homosexuel, fille et j’en oublie tant.
Pour ceux qui appréciaient vos dessins chez Charlie « O vous, frères humains » pourrait leur révéler votre finesse, une délicatesse que les caricatures ne pouvaient montrer ; ce n’étaient pas non plus leur rôle.

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